2ème partie

2ème partie des poèmes d'Eliane Aubert-Colombani dans l'Appel de l'île

Par la fenêtre entrouverte

de l'appentis, s'étire,

à la fois sensuelle et menaçante,

la patte d'un crapaud,

muscles de cuir,

peau de feuilles digérées

de nénuphar,

au clair matin

ou dans le crépuscule geignard,

avec des griffes emperlées de rosée

oeuvre d'orfèvre du marais proche.

Dis-moi si ce n'est pas plutôt

ta cuisse blanche, fuselée !

Ai-je vu ou inventé

ces orteils trop effilés

aux ongles d'émeraude,

don du prince ou du diable,

interdits à mes baisers ?

  •  

Le trâineau a viré

dans la stupeur hurlante des chiens.

Angle mort :

les feux des esprits ne t'attendront pas.

Ainsi n'ai-je pas prié en vain,

ainsi ne me suis-je pas saigné

jusqu'au risque de damnation,

sur l'autel douteux de la Lapone

où tricotent des tibias d'élan.

Angle mort !

tu n'as rien vu,

silence blanc de ta mémoire,

je t'ai tout donné.

  •  

Cette plongée dans l'Océan

à la rencontre des sirènes endormies

ou gelées,

comme à dessein tenant

leurs montures embrassées,

veaux marins ou dragons amphibies,

monstres baroques non identifiés,

néanmoins fascinants

à cause de leur sourire très blanc,

sur fond bleu,

qui attire la langue,

ainsi les sirènes ont succombé,

cette plogée dans l'Océan,

rêve ou vision,

m'a détourné de toi,

ombre ondulante

que seule la lumière suscite,

avec en pointillé

les atomes du sang.

Ma vie résiste encore

cramponnée aux écailles d'ombre,

parasite des sirènes endormies,

palefrenier du dragon

des écuries bleues,

aux viscères ondulées.

La houle assure que je vis.

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