entretiens et témoignages

Étoile
Eliane Aubert-Colombani
Préface de Paul Veyne
Fondencre, 95 p, 2012.


Aubert Colombani  « …j’ai lu ce livre sans en sauter une seule phrase…il y a de l’humour à chaque ligne, le récit est rapide, semé tout le temps. » écrit Paul Veyne dans une préface, admirative et parfaitement juste, au dernier ouvrage d’Eliane Aubert-Colombani : Étoile.
L’œuvre déjà conséquente de cet écrivain (1), originaire de Balagne, puise ses sources au sein de l’imaginaire insulaire et les acteurs de ses différents romans portent tous en eux, plus qu’une vague « corsitude », une véritable « corsité ». 

Malgré l’éloignement physique, peut-être même à cause de lui, les personnages sont souvent traversés de sentiments étranges et contradictoires qui les éloignent de toute représentation stéréotypée. Ils sont, dans le sens premier du terme, des êtres complexes et insaisissables même s’ils portent sur leurs épaules le poids d’un lourd passé toujours présent sans être surdéterminant.

L’auteure connait suffisamment la vie des hommes et de femmes de son temps, elle a suffisamment médité sur la sienne pour pouvoir affirmer que chaque existence est unique, qu’elle ne saurait se résumer à une formule, qu’elle soit de style ou mathématique, et que l’œuvre littéraire, dans ce qu’elle a de plus profond se doit de tenter de révéler ce que les algèbres de toute sorte ne disent pas.

Dire la singularité qu’aucune théorie ne parvient à capter semble être la mission première de cette romancière qui, pour être plus encore au cœur d’une île qu’elle vénère, a choisi de l’observer avec un peu de distance.

(1)    La Perdrière, Le Cercle d’Or (1971), La Guérison, Le Cercle d’Or (1974), Le Temps des cerises, Les Presses de la Cité (1983), La Mère allemande, Denoël (1991), Simon le Corse, Critérion (1994), Tuer le juge, L’Harmattan (2001), Le journal d’un collabo, L’Harmattan (1999), L’Appel de l’île, Albiana (2007), La Buse, Albiana (2008), L’âne et le bon Dieu, Albiana (2009)

Entretien avec l'auteure

Ce nouveau roman qui vient compléter une liste d’une vingtaine d’autres ouvrages publiés chez divers éditeurs (Albiana, Denoël, Le Rocher, Les Presses de la Cité…) est-t-il une rupture ou vient-il parachever un itinéraire créatif ?

A mon sens Etoile n’est pas une rupture puisque j’y développe des thèmes chers à mon cœur comme je l’ai fait dans mes autres ouvrages.

Encore une fois, la Corse est présente dans cet ouvrage…Est-ce à dire que l’on ne peut parler que des lieux qui ont façonné notre enfance ?

En fait, j’ai peu séjourné en Corse mais, jusqu’à l’âge de 34 ans, j’ai vécu presque quotidiennement auprès de ma grand-mère, Brigitte Colombani, veuve de la Première guerre mondiale et j’étais sa confidente.
Ensuite, parce que j’ai gardé sept ans près de moi, ma mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, j’ai, d’une certaine manière, à travers elle, pu constater les conséquences d’une enfance corse vécue dans ce qu’elle a pu être de plus traumatisant à cause de la guerre.
Je mes sens aussi très proche de la Touraine qui m’a accueillie pendant la guerre. Je gardais, à l’époque, les brebis durant six mois de l’année.

Stella est le nom d’une chienne un peu particulière…Quelle signification accordez-vous à l’espèce animale si présente dans vos écrits ?

Dans la ligne de pensée d’Elisabeth de Fontenay, je me sens aussi proche des animaux, en particulier des mammifères, que des humains. Auprès d’eux, j’ai appris ce qu’était l’amour absolu.

Au fil du récit nous flottons entre deux eaux : le réel et une sorte d’irréel, de paranormal…Le rôle de l’écrivain est-il de tenter de faire le lien entre ces deux mondes ?

Stella (Etoile), c’est en vérité Kallas, ma chienne labrador, ainsi nommée en souvenir de Jean Jacques Lamiche mon jeune collègue mort du sida en 1995 qui était aussi le traducteur des poétes finlandais, dont Aino. Kallas,. 
A mon sens, la poésie ouvre sur l’au-delà du réel. Grâce à elle, je nage dans les divins bosons de Higgs…Qui m’aime me suive !

On est frappé, en vous lisant de l’extrême fluidité de votre style et de sa grande élégance, même lorsque des propos anodins sont échangés. Quelle place accordez-vous au style lorsque vous écrivez un texte ?

Lorsque j’écris, je suis comme un chien qui a flairé une trace. Lorsque j’ai saisi ma proie, je suis l’artisan qui fouille dans sa boîte à outils pour trouver les meilleurs ciseaux à bois, et ensuite, je creuse et je découpe sans penser au résultat.

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