Critique sur deux livres de Sibilla Aleramo

Eliane Aubert-Colombani

Texte paru dans "Les Lettres Françaises" sur Sibilla Aleramo

Comme Lucile de Chateaubriand, Sibilla Aleramo "était avantagée de beauté, de génie et de malheur". Son malheur le plus grand aura été de naître femme, à la fin du XIXè siècle, mais elle saura l'utiliser et sa condition féminine alimentera généralement sa poésie et ses romans les plus célèbres : Une femme, véritable déclaration féministe et J'aime donc je suis, transgression triomphante du contrat social.

Son écriture, proche de celle d'Annunzio par le lyrisme infatigable, encombré de symboles, ne posséde ni la force, ni l'originalité de celle de Grazia Deledda, sa rivale sarde. Mais si nous voulons bien ne considérer que le propos, quel ardent et grand témoignage et quelle modernité !

C'est justement par ses outrances, son mauvais goût, son narcissisme que Sibilla Aleramo - quel pseudonyme ! - va finalement imposer son droit au respect. Son titre est déjà un défi : J'aime donc je suis, donc silence à vous qui tentez de nier l'être dans sa globalité. La femme vieillissante, dédaignée par un gigolo farfelu, de quarante ans son cadet, refuse la pudeur petite-bourgeoise de cacher sa douleur. Exhibitionniste, dira-t-on, ou hystérique, ce mot d'un autre âge ? C'est oublier qu'elle pleure d'un oeil et reagrde de l'autre, pour nous rappeler sa volonté d'être ridicule si bon lui semble. Elle attend, elle soupire, elle supplie, elle manque de dignité ? Mais si c'etait justement le moyen de la conquérir ?

Des millénaires d'outrage et d'humiliation laissent quelques traces dont seuls les persécuteurs ont à rougir. Ets-ce qu'on reproche à l'otage son symdrome de Stockholm ? Est-ce que le déporté, de quelque camp qu'il relève, se doit de voiler son corps brisé ?

Sibilla Aleramo, en dépit d'errements politiques qui ont failli la ranger dans les irresponsables, a su répondre de ce qu'elle était, la leçon n'est ni banale ni caduque. Elle a conquis sa majorité à coups d'expériences souvent pitoyables qu'elle n'a pas reniées, enfin elle nous a donné à entendre une parole non pas de femme, mais d'un être, sur l'axe du temps, occupé de soi, donc de nous.

Une femme (éditions Des femmes)

J'aime donc je suis (éditions Julliard)

 

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Commentaires (1)

1. buy research paper (site web) 28/03/2012

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