Un homme de la terre (éditions Le Cercle d'Or - 1978)

 

Le livre : La quarantaine venue, Edith, professeur de lettres à Paris, épouse d'un brillant économiste - trop brillant pour ne pas l'oublire parfois sans la négliger vraiment - éprouve jusqu'au malaise le sentiment d'une insatisfaction. L'étonnante camaraderie, sincère et totale, qui l'unit à Fabien, son grand fils, pour divertissante qu'elle soit, ne parvient pas à compenser cette frustration. C'est alors que refusant d'accompagner son mari dans une de ses missions aux Etaut-Unis, Edith vient de se "reprendre" aux sources de son enfance paysanne, aux confins de la Touraine, du Berry et du Poitou, dans la ferme de son grand-père.  Une noce paysanne où elle s'est rendue plus par devoir que par plaisir, la met brusquement en présence de Robert, un homme de la terre, à la fois puissant et fragile, foudroyé comme Edith par le même amour fou. Et c'est là que commence un extraordinaire combat : Edith, libérée d'abord de son angoisse, veut à son tour délivrer son amant de la gangue étroite des traditions, de la famille, des conformismes qui le retiennent, prêt à toutes les audaces, au bord de la rupture.

En fait, ce combat à l'homme pour enjeu, mais il oppose la femme et la terre, et jamais sans doute cette dernière n'avait pesé, dans un roman d'amour où l'érostisme affleure à chaque page, d'un tel poids de gravité.

extrait : "Je secrétais plus d'adrénaline qu'un pickpocket. J'étais une folle rusée qui cachait ses délires, ses manies, ses scandales. Quand pour avoir trop aimé, j'étais décervelée, je passais mon temps en occupations frivoles, j'achetais des vêtements pour les affrontements futurs. Je choisissais des chemises de nuit que Robert ne verrait jamais puisque nous ne passions jamais de nuits ensemble. Je me munissais de maillots de bain, fins pétales de toutes les couleurs comme si un amant riche et stupide allait m'entraîner sur une plage à la mode. J'étais obsésée, superficielle, égoïste, et pourtant, curiseusement, je me sentais plus savante. Je comprenais maintenant pourquoi il fallait se mettre nu, pourquoi il fallait parler, parler, jusqu'à se confondre soi-même. Je débusquais tous les pièges de la société, peut-être parce que mon ami était son prisonnier. Il devait respecter la tradition dans son travail et dans sa vie et l'urgence de transgresser la loi me saisissait. Il était l'homme d'un seul paysage. Comme les mystiques je dépouillais mon quotidien, je voulais être autre et pour cela j'accomplissais d'humbles exercices ; je changeais ma coiffure, mes vêtements, mon ameublement. Je dormais au milieu de quatre panneaux d'affichage. Jamais je n'avais été aussi attentive à ma propre histoire et jamais pourtant les autres ne m'avaient autant passionnée. J'aimais un homme qui ne pouvait pas quitter sa ferme une journée parce qu'il avait ses vaches à traire, et je me découvrais nomade ! Je savais qu'il ne pouvait pas encore comprendre ma révolution, je me gardais bien de la proclamer ; je me souvenais de la petite robe au décolleté sage qui l'avait séduit, de ma voix raisonnable d'avant le grand chambardement, mais je me promettais bien de lui trouver un gué pour qu'il puisse me rejoindre sur mon nouveau visage.

Mon corps voulait vivre plus vite pour apprendre plus, et me mesntrues se rapprochaient dangeureusement. Les médecins confondaient la pré-ménopause et la pré-puberté. Quel bougr d'alchimiste était Robert !

Fabien regardait mes photographies anciennes.

- Tu es mieux maintenant qu'il y a quinze ans, me disait-il. Tes mains, ton regard, ton attitude ! Comme tu étais figée !

Marc était effrayé du sourire de suicidée ravie que j'arborais parfois. Il ne devinait pas tout. Les portes-fenêtres du palais étaient ouvertes, les touristes-pillards pouvaient se remplir les poches. Je rêvais d'être béante même si le vent emportait la toiture. Je me demandais ce que les autres aux multiples remparts pouvaient bien entasser dans leur cave. Moi, si prudente autrefois, je recueillais la sympathie, les sourires complices, dans les rues, comme on cueille les graminées au bord du chemin, pour les disperser ensuite. (P. 126 - 127)

La presse :

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