Tuer le juge (éditions l'Harmattan - 2001)

Le livre :

Antoine a rendu sa licence de steward. Il a renoncé aux voyages et à sa vie de séducteur nonchalant pour soigner sa mère atteinte par la maladie d'Alzhzeimer et placé sous sa tutelle. Il s'immerge dans ses activités de garde-malade et dans la vie de son village corse. Il croise des nationalistes mais ne s'engage pas. A peine si parfois l'image d'une femme aimée le hante. Il n'a même plus assez de vitalité pour peindre...

Venue du continent, une jeune magistrate bornée conteste les comptes d'Antoine, l'offense injustement et le dessaisit de sa tutelle.

Le juge des tutelles emprunte toujours la route du bord de mer. Antoine est bon tireur. Justice sera.

 

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"Tuer le juge ?

Entre fureur et dépression, j'ai longtemps rêvé que je tuais un certain juge des tutelles.

Il était préférable d'écrire un roman"

Extrait :

"Qu'avait-il objecté au juge ? Rien. Il avait été envahi d'une onde de froid paralysante.

- Vous dites que votre cousine vous aide et que vous la payez. Avez-vous établi un contrat de travail ?... Vous n'avez pas le droit d'employer quelqu'un sans contrat de travail !

"C'est faux, pensait Antoine. Pour l'emploi d'une garde-malade, il n'est pas nécessaire d'établir un contrat de travail." Il ne trouvait pas les mots pour exprimer son opinion.

- Vous n'avez pas le droit de faire travailler au noir, votre employée doit être déclarée à l'URSSAF ! Et ces 140 000 francs ? Ils étaient à votre mère, pourquoi les avez-vous virés à votre compte ?

- Pour vivre, parvint-il à articuler. Mon congé de longue maladie va bientôt cesser, je vais devoir attendre trois ans ma retraite.

- Ce n'est pas mon problème ! Il s'agit de l'argent de votre mère, vous n'avez pas le droit d'en disposer sans mon autorisation. Et je veux vos comptes !

- C'est en septembre que je dois les remettre.

- Vous me les remettrez la semaine prochaine... Si le juge Montera marchait à la confiance, moi pas ! enfin, vous jouissez de la maison de votre mère, il faudrait...

- C'est aussi ma maison !

- Vous avez un acte qui le prouve ?

Il n'avait aucun acte. Il faillit articuler : "Ma mère m'a toujours dit que..." et il s'arrêta à temps, conscient que ce jeune magistrat et lui-même ne pensaient pas dans le même système.

Il s'était montré plus glorieux à la fin de l'entretien.

- je vous dessaisis, avait prononcé le juge.

- Si ça vous chante !

- Bien sûr que ça me chante ! Dorénavant, la Mutualité Sociale Agricole gérera les biens de votre mère.

- Si je mettais ma mère dans un établissement spécialisé, dans quinze jours au maximum, je jouirais de la maison, comme vous dites... et de mon capital, sans vous rendre de comptes !

Elle n'avait pas répondu."

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Un témoignage d'Eliane Aubert-Colombani :

à propos de "Tuer le juge"

"On m'as demandé ce qui m'avait poussée à écrire Tuer le juge. Tout simplement la haine, de désir de tuer le juge des tutelles de la petite ville du centre de la France où j'habite. J'ai eu assez de bon sens  pour ne pas passer à l'acte, d'où... le roman. Il faut dire que j'ai eu le droit à mon "procés d'Outreau", moins la prison.

Je résume les faits : je suis arrivée ici en 1995 avec ma mère, dont j'étais tutrice, qui était déjà en position foetale et presque aphasique, et dont l'état nécessitait huit heures de travail ininterrompu à son chevet... On peut lire les détails dans mon livre Alsheimer au quotidien.

Essayez de nourrir à la seringue, avec des petits pots de bébé, une personne qui fait des fausses routes continuelles, ajoutez deux litres et demi d'eau parce qu'elle est sondée et qu'on craint l'infection urinaire, ajoutez encore l'absorption de médicaments, la toilette, l'ouverture des membres er des mains recroquevillées, et j'en passe... Et la nuit ? Se réveiller deux fois pour retourner la malade.

Bon ! Le pire était passé, le plus terrible c'était à Asnières. Ma mère marchait encore, elle tentait sans cesse de se jeter par la fenêtre. Elle était aussi grande que moi (1,72m) et douée d'une force nerveuse que je ne possédais pas. J'étais obligée d'avoir des employées, une déclarée, et des clandestines colombiennes, épatantes. Il fallait payer tout ce monde là. Je travallais encore et ma mère restait éveillée toute la nuit, donc je payais mes gardes, et pas comme une négrière, je vous assure ! Avec quel argent ? Celui que mes parents m'avaient donné, acquis sur une génération. J'étais nue-propriétaire de biens immobiliers. J'ai vendu un appartement avec l'autorisation du juge des tutelles d'Asnières - le juge Paulet - qui m'a dit : "Vous n'êtes plus très jeune et vous vous dépouillez, je ne vous autoriserai plus à vendre." Je précise que j'étais fille unique.

Fin 1996, le juge des tutelles de la petite ville du centre... me dessaisit sous prétexte que je dépense trop d'argent et que " [je jouis] d'une maison" (dont ma mère est usufruitière) dans ladite petite ville. Elle confie la tutelle à la Mutualité Agricole du département, alors que ma mère n'a jamais rien eu à faire avec le monde agricole, et que cette MSA était alors en difficultés financières.

J'ai fait appel bien entendu, mon avocate devait plaider début mars, ma mère est morte le 22 février 1997.

Non, je n'ai pas confiance dans la justice de mon pays !

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