Les silences de l'aube (éditions Carrère - 1986)

Le livre :   

A la fin de l'Occupation dans ce petit coin de Touraine, les plaies se cicatrisent, les rancunes s'installent et les souvenirs se figent. Simone et Chrsitian vont réapprendre à vivre, côte à côte mais pas ensemble, ils se parlent mais ne s'entendent pas et leurs récits se complètent sans se rencontrer. Insensiblement, à travers ces récits parallèles, le lecteur va découvrir, sous les banalités du quotidien, un monde d'angoisses et de folie qui conduit à la mort et à l'amour.

Extrait :   

Jamin m'écoutait mal, il s'impatientait car il avit d'autres projets pour moi. Il refusait de me vendre de petits services comme de m'acheter, à Tours, le livre de physique ou de me renseigner sur le recours que je pourrais avoir contre mon père qui m'a spolié. Jamin me prêchait une sorte d'anéantissement par hémorragies simultanées de toutes mes blessures d'âmes, après quoi, comme le phénix, je devrais renaître de mes cendres. Et la mise à nu et le curetage des traces de tortures que m'avaient infligées mon père. Il s'est mis à rire, il a parlé de mon romantisme excessif. Il a dit que nous allions traverser un champ de ronces rampantes, mais que je devrai garder les yeux fixés sur les coquelicots mêlés au blé dans la blanche vapeur tremblante... Il sera le mentor de ce voyage impressionniste... au bout duquel je rejoindrai mon père dans une joyeuse élévation. Il parle par images, ses mots sont doux, ils ne pèsent pas, moi je voudrais que chaque mot soit un coup de feu et me stupéfie. Changeant brusquement de ton, il me déclara que la moralité d'Armide était suspecte, qu'il s'était renseigné, que cet être frustre n'était pas digne de confiance, que déjà grand-père Joseph en 1938 avait refusé de se porter caution pour lui, pour l'achat d'une vigne. Je ne sais pas ce que veut dire "se porter caution", et je n'ai pas envie de le savoir. Qui a pu renseigner Jamin ? Je ne crois pas ses calomnies. Il m'a demandé ensuite de lui parler de ma mère. Je n'ai pas su quoi lui dire sinon qu'elle est "bêlante". Plaintive contre moi. Elle me reproche d'être. Peut-être parce qu'elle était déjà enceinte de trois mois quand "ils" se sont mariés. Je sais que j'ai été conçu un soir de Saint-Sylvestre. Il est évident qu'elle n'a pas pu succomber au charme de mon père, aussi je suis bien obligé d'admettre qu'elle était flattée d'être remarquée par le fils d'un "notable", à moins qu'elle n'est eu des "sens" comme une guenon ou comme une chienne. Pour cette étreinte rapide, vraisemblablement dans la sciure de la scierie, je ne la reconnais pas comme ma mère véritable ni comme la fille de son père. Je me sens bâtard, mais de je ne sais qui. Je voudrais être né du souffle de grand-père Joseph. Tout ce que j'ai de bon me vient de lui, et le jour où je perdrai la mémoire de sa vie et de ses paroles, je serai dans un désert de sentiment, car alors même l'image d'Armide sera impuissante à me sauver. Dans une crise, je sais que cela pourrait m'arriver et je connais d'avance la morsure de ce grand froid. (P. 194-195)

La presse :

"Fou, envouté, malade, dément ? Beaucoup auront essayer de percer le secret, du curé au pseudo-psychanalyste qu'est Jamin... Sans réel succès. Rien que pour ces pages, le roman d'Eliane Aubert est un témoignage fantastique. Tant et si bien que se pose de nouveau, à l'issue - tragique - de l'oeuvre, la question de la normalité... Qui est vraiment le fou ? Thierry ou moi ? (Olivier Kopk - La liberté de l'G.T. / 28-04-87)

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