Le temps des cerises (éditions Les Presses de la Cité 1983)

 Le temps des cerises a régulièrement été réédité : Denoël 1990 / Maxi-Livre 1996 / l'Harmattan 2000 /

Le livre :

Sannois, 1870... Après la capitulation de Sedan, suivie de la déchéance de l'Empire, les habitants de la région parisienne ont fui l'invasion prusienne. Adrienne Giraud est restée seule dans sa belle et mystérieuse maison, à flanc de colline, avec son enfant et deux servantes. Elle a vingt-trois ans et supporte difficilement la protection et l'amitié ambiguë du maire du pays, le docteur Natali.

Quand l'ennemi se présente, elle se trouve dans l'obligation de loger des Allemands. Parmi eux se trouve le beau lieutenant Erbert de Korff,  cousin de Bismarck. La passion flambe très vite entre l'officier prussien et la jeune femme élégante, artiste, qui cherche à oublier un époux décevant, engagé dans les mobiles, et le carcan d'une société conformiste où son talent n'a pu s'épanouir.

Elle risque sa vie pour suivre Erbert à Versailles...

Elle séduit passagérement Bismarck. Mais Versailles n'est qu'une étape : le lieutenant se révèle plus militaire que poète, Adrienne le juge et a le courage de le quitter.

Son aventure n'est pas terminée : c'est vers Paris assiégée qu'elle se tourne. Elle va au-devant de la souffrance mais aussi de la liberté et découvre les espérances du petit peuple de la capitale. Participant à la résistance héroïque et folle de la Commune, elle rencontre un jeune peintre, Gérard Ollier ; ils commencent à s'aimer quand ils se trouvent entraînés dans l'enfer de la Semaine sanglante...

Extrait(s) :

Le même jour, elle apprenait qu'un soldat prussien avait précipité dans la cheminée une vieille femme qui refusait de lui vendre du vin et que celle-ci avait été grièvement brûlée. Elle accueillait avec une attention songeuse, sans émotion apparente, les informations les plus diverses : nouvelles des combats diffusées par la propagande allemande, renseignements divers répandus clandestinement par les francs-tireurs, potins en provenance du quartier général où l'on commentait avec complaisance les faits et gestes du chancelier. Au cours de ses longues rêveries, quand Erbert la croyait plongée dans une sorte de torpeur amoureuse, elle se répétait les renseignements appris, elle avait l'impression de jouer avec des perles et elle attendait patiemment le fil qui lui permettrait de les relier...

Le 5 janvier, Paris avait été bombardé ; le même jour Bismarck avait fait porter de la compote de pommes à un jeune soldat blessé... Elle rapprochait ces faits disparates comme si elle allait faire jaillir un raisonnement, une lumière. Alors que la ligne des forts tremblait, que les obus éventraient les coteaux, que la mouvance des armées se révélait à la fois continuelle et imperceptible, que le chaos s'installait, ignorante et orgueilleuse elle commençait à vouloir comprendre.

Un après-midi comme elle se promenait au bras d'Erbert en face de l'église Saint-Symphorien, elle aperçut sur la chaussée un jeune homme brun et pâle seulement vêtu, malgré le froid, d'un pantalon de drap noir et d'une chemise à rayures, il était escorté par huit Prussiens. Ses mains étaient liées et on pouvait deviner que c'était un franc-tireur, un étudiant peut-être, qui s'était jeté dans le combat et qui, fait prisonnier, allait être passé par les armes. (p 146-147 de l'édition Denoël)

  •   

- ça y est, les Versaillais sont entrés dans Paris !

- On nous a trahis, bon Dieu, autrement les forts du sud auraient tenu encore des mois !

L'homme reprenait son récit, inlassablement, à l'adresse de chaque nouvel arrivant : à dix-neuf heures, un cheval blanc s'était abattu devant la mairie du Vè. Son cavalier, une estafette du colonel Lisbonne, cherchait Allemane qui n'était pas à la mairie. "Mes bonens gens, c'est ainsi, les chefs ne sont jamais là quand on les cherche !" Enfin, on l'avait trouvé avec beaucoup de mal. Comme vous dites, les fédérés avaient été trahis ! Au bastion du Point du Jour une porte enfoncée n'avait plus de défenseurs, les Versaillais l'ont su, comment ? Pas par l'opération du Saint-Esprit bien sûr ! Ils s'y sont engouffrés comme des rats. Ca leur tient au trop ventre de venir nous égorger ! Deux colonnes ont remonté l'avenue de Versailles en démolisant la barricade de la rue de Ranelagh. Elles ont escaladé les pentes de la commune de Chaillot. A la porte d'Auteuil, les volontaires ont tenu jusqu'à minuit mais les habitants ne les ont pas soutenus. Pensez donc, que des bourgeois, à Auteuil !

- Et la Commune, alors, qu'est-ce qu'elle a décidé ?

- On ne sait pas, ils se sont séparés à huit heures.

- Moi je vous dis qu'il faut se retirer dans l'île de la Cité et couper les ponts.

- Et on crévera de faim et de soif !

- Il faut monter des barricades.

- Et on crévera de toute façon.

- Pour quoi faire ?

- Pour sauver la République ! (C'était une vieille qui parlait.) Les morts sont plus forts que les vivants. Si nous mourons ils n'oseront plus jamais mettre un roi ou un empereur et Thiers n'aura plus qu'à faire ses bagages. (p 264-265 de l'édition Denoël)

La presse :

" A la fin de ce roman généreux, souvent poétique, Eliane Aubert nous entraîne dans les rues exaltées du Paris insurgé. Dans ces pages-là également l'histoire n'est pas trahie. L'information portée par une belle et vivante écriture nous permet de découvrir sans doute telles qu'elles furent, ces femmes de la Commune." (Jean Prasteau - Le Figaro / 1983)

" Ceux qui se plaignent que l'imagination n'a pas repris le pouvoir sur le roman français peuvent se reporter au Temps des cerises. Son auteur Eliane Aubert, conjugue avec habileté, mais aussi avec des clichés et des conventions obligatoires et même nécessaires au genre, Amour, Prusse et Commune, faisant rebondir son personnage d'Adrienne dans ces trois cases pour lui construire une déstinée d'exception." (L'histoire n°64 - Février 1984)

" Ces pages sont une tranche à vif, de ces journées dramatiques et héroïques, où comme une reine déchue, mais fervente et fébrile, cherche dans les multiples complications et contradictions de circonstances, son destin de vraie femme. Un beau titre d'un beau livre. (V. Marie - La Dépêche du Midi / 21 novembre 1983)

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