Le journal d'un collabo (éditions Denoël - 1984 / éditions l'Harmattan 2006)

 

Le livre :

Antoine Sartori, sous-officier en retraite, transpire le malheur et le fiel. En d'autres temps, il eût été un vieillard chagrin et inoffensif. Mais c'est en 1943, et c'est Paris. L'ancien comabattant de la Grande Guerre, le fils d'officier général, tombe du côté du vainqueur et ce ceux qui le servent. La pénurie, les bombardements, la persécution des autres alimentent ses préjugés et ses haines. Antisémite, anticommuniste, anti-Alliés, il est tout entier raidi dans le refus, sans pour autant oser agir, ni même tenir tête à Angèle, sa cousine gaulliste, qui le domine de haut.

Cette année-là, il a tenu son journal, chronique précise et dérisoire de l'existence quotidienne, où le passé médiocre se mêle au présent misérable, qu'éclaire un moment, avant le drame ultime, la figure d'une enfant.

Ce roman restitue avec une saisissante justesse le malheur des temps et la déchéance d'un homme comme les circonstances, alors, en révélèrent beaucoup.

Extrait :

"A 11 heures du matin premier bombardement de Rome par les Américains. Ils ont osé attaquer la ville éternelle ! L'éventualité de tuer le Saint-Père ne les a pas arêtés un seul instant. Il y a des crimes de guerre plus épouvantables que d'autres car ils s'imposent comme des défis, à l'humanité, à la morale universelle.

1er bilan des pertes : 717 morts et 1 599 blessés.

La presse romaine souligne le cynisme des Américains qui ont avoué que leurs 500 bombardiers avaient lancé sur Rome 700 tonnes d'explosifs. De plus ce sont des goujats, ils bombardent sans prendre aucun risque. Il faut avouer que les Anglais ont plus d'élégance guerrière.

J'ai eu cet après-midi la visite d'Angèle. Le bombardement de Rome ne l'a pas autrement émue, 'tes sales macaroni, m'a-t-elle dit, m'ont mitraillé quand j'étais sur les routes en exode avec Victorine. On se couchait dans les fossés, on avait peur, on a fait cent cinquante kilomètres à pied jusqu'à Orléans et mes cheveux sont devenus tout blancs'. Comme elle est profondément catholique, j'ai essayé de l'attendrir sur le sort du pape. Elle m'a répliqué que Pie XII n'était pas un bon pape puisqu'il n'avait pas excommunié Mussolini. Je me demande qui peut lui monter ainsi la tête : ses enfants sans doute, en premier lieu, puis Mlle Lemerrer et la femme de service, mais je crois aussi qu'il est dans son caractère de fronder. Les Allemands sont les plus forts, donc elle est contre les Allemands. Ne pas oublier que les Grecs ne voulaient pas de Corses comme esclaves car il était impossible de les soumettre. Angèle a un esprit de repartie que je ne peux m'empêcher d'admirer quoique sa veine populacière me choque souvent." (P. 82-83)

La presse :

"La grande habilité de ce récit est de nous donner un journal qui, à l'insu de son auteur supposé, fait 'suppurer' entre les lignes ce qu'il est intimement. Un raté sur toute la ligne... Sur un ton d'une justesse totale, Eliane Aubert, écrit peut-être ici la chronique la plus impitoyable du temps de l'occupation." (La Gazette de Lille - 10/11/84)

"Un livre sans concession sur des Français qui n'étaient pas au-dessus de tout soupçon" (Est républicain - 26/11/84)

"Le livre d'Eliane Aubert est d'autant plus imptoyable que le ton s'en veut neutre et objectif et constitue un réquisitoire terrible contre une certaine France. A lire absolument." (l'Etudiant - octobre 1984)

"Depuis longtemps les éditions Denoël n'avaient pas publié un ouvrage de cette qualité." (La Charente libre - 28/09/84)

"Avec une saisissante justesse, ce roman restitue le malhuer des temps et la déchéance d'un homme comme les circinstances, alors, en révélèrent beaucoup. Un livre glacé. Silencieux et hurlant. Comme la vie." (Midi Libre - 2/12/84)

"Eliane Aubert aborde ce sujet explosif avec le masque impénétrable de psychanalyste et rassemble patiemment tous les éléments d'un fabuleux portrait clinique. A travers ce journal qui fait alterner les notations d'ambiance, les souvenirs d'une vie grise et quelques aveux inconscients, on lit l'anamnèse de la terrible maladie de l'âme dont souffre Antoine Sartori, maladie dont l'aveuglement politique et l'antisémitisme sont les symptômes." (Le matin des livres - octobre 1884)

"Mieux qu'un roman, un témoignage, un document d'une maîtrise subtile, absolue." (La Dépêche du Midi - 7/11/84)

"L'exercice de style d'Eliane Aubert, même s'il met mal à l'aise, est une réussite. L'étude psychologique du personnage est replacée dans son époque, elle permet de mieux comprendre pourquoi et comment on devient Antoine Sartori." (La Croix - 20/10/84)

"Eliane Aubert a tiisé son livre comme une toile d'araignée. Cette chronique d'un homme au caractère mal trempé prend à la gorge et secrète l'angoisse par sa douceur presque intolérable." (Le Monde des livres - 12/10/84)

"Ce petit livre apparemment anodin, n'en est pas moins une bombe silencieuse, un poison violent aussi transparent, limpide, voir fade qu'un verre d'eau claire... C'est un livre digne et glacé, silencieux et hurlant, comme la vie." (Télérama - 19/10/84)

"Ce roman, qui n'a rien d'un réquisitoire, est un pur constat, mené avec une grande maîtrise d'écrivain. On ne peut s'y arracher." (VSD - octobre 1984)

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