Le cousin (éditions du Rocher - 2005)

Le livre :

Ghislaine, jeune fille de 1947 qui poursuit ses études au lycée Fénélon, est une personnalité écartelée. Ecartelée entre son ascendance paternelle, bourgeois du sixième arrondissement, et son ascendance maternelle : sa grand-mère, une Corse, Gracieuse Fabiani, est conciege d'une école située rue Béranger, entre République et Marais. Ecartelée également par les sentiments qu'elle éprouve pour son cousin maternel Jérôme, qui vit à demeure chez Gracieuse. Elle éprouve pour lui un sentiment mêlé, à la fois mépris et, sinon désir secret, du moins curiosité pour l'univers des hommes, des combattants comme Jérôme, estropié durant la guerre d'Indochine. Il est le cousin éponyme du titre, celui autour duquel, quoique avec une finesse et une discrétion qui en disent long sur son habileté à bâtir une intrigue, Eliane Aubert-Colombani fait se dérouler le récit. Ecartelée aussi par ses ambitions culturelles, la poésie l'attirant plus que tout. Mais l'enseignement lui semble une carrière somme toute honorable et en même temps moins marquée du sceau de la bohème. Ecartelée enfin par son amour platonique envers son professeur de pholosophie, jeune femme mariée et mère de famille à qui elle fait lire ses poèmes. Elle lui voue un culte, partagé, quoiqu'à un degré moindre, par sa meilleure amie, ou pour mieux dire sa seule amie, Nina.

Par petites touches succesives, Eliane Aubert-Colombani recrée tout un univers à la fois social et psychologique, en ces années d'immédiat après-guerre où les privations n'ont pas encore tout à fait disparu. Aussi éloigné du roman social que de l'étude psychologique intimiste, Le Cousin est pourtant à la fois l'un et l'autre, témoignant d'un ton personnel et original, celui d'un authentique écrivain qui, peu à peu, a rencontré son public.

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Extrait :

"Les élèves de l'étude venaient de sortir. Graciseuse avait bavardé quelques instants avec l'institutrice qu'elle trouvait jolie et "fine comme un Saxe" - alors qu'elle en savait pas ce qu'était un saxe, s'énervait Ghislaine qui avait honte de l'ignorance de sa grand-mère et honte d'avoir honte.

Gracieuse Fabiani avait obtenu, en 1928, ce poste de concierge d'école. C'était un emploi très convoité parce qu'il y avait beaucoup de veuves nécessiteuses, aussi Gracieuse avait-elle reçu l'appui de son clan : son cousin germain, adjudant à la retraite, avait contacté un haut fonctionnaire de l'Hôtel de Ville, un Corse originaire du village, qu'il avait connu à Oran... Gracieuse n'avait pas eu à dire merci, il était naturel d'être aidée par un compatriote. Avant de s'installer à Paris, elle avait vécu misérablement à Speloncato avec ses deux filles, parvenant à envoyer l'aînée en pension à Ajaccio, jusqu'à son entrée à l'Ecole normale d'institutrices.

- Grâce à Dieu, nous n'avons jamais manqué de pain, soupirait-elle.

- Tu n'as pas à rendre grâce parce que tu n'es pas morte de faim ! Il ne pouvait pas faire moins, le bon Dieu, que de te donner à manger puisqu'il t'avait repris ton mari !

- Zittu, zittu ! (Tais-toi donc !) et elle levait la main sur la jeune fille.

On en critique pas la religion, ça peut porter malheur, et puis qu'est-ce qu'elle savait, Ghislaine, de la pauvreté ? Avant 14, déjà, il y en avait au village qui mendiaient de l'huile ou un peu de farine de châtaigne. Après la déclaration de guerre et les réquisitions des brebis et des mulets, le nombre de malheureux avait augmenté. Elle était fière de n'avoir pas compté parmi les plus pauvres, grâce à ses économies personnelles, quelques piécettes gagnée chez des riches, pendant la récolte des olives, et cachées dans l'ourlet d'une jupe. Même son mari n'avait rien su... Quel triomphe sur la fatalité ! Mais à qui s'en vanter ? Pour les autres ça ne représentait rien, c'était risible, pour Ghislaine par exemple, dont le grand-père paternel était administrateur des Sociétés Savantes, et qui vivait dans l'argenterie, et les tapis, et la bibliothèque, et le piano... et qui possédait un pékinois et un berger allemand. (p: 7-8)

 

 

La presse :

"Paris, 1947. Ghislaine, jeune lycéenne brillante, subjuguée par sa prof de philo, se partage à Paris, entre la loge d'une grand-mère corse, Gracieuse Fabiani, concierge dans le Maris, et l'appartement du VI arrondissement de ses grands-parents paternels issus de la bourgeoisie. Une gymnastique sociale pas toujours évidente pour la jeune fille, qui doit composer avec une histoire familiale alambiquée. Chez Gracieuse, Ghislaine retrouve son cousin Jérôme, un ancien combattant d'Indochine, qui suscite en elle fascination et mépris. Autour de ce troublant "cousin" gravitent les regards et les non-dits, dans le climat lourd et incertain des années d'après-guerre... Entre Montherlant et Valéry Larbaud, un livre tout en finesse où couve une sourde violence sous la précision du style."(Diane Gautret - Famille chrétienne - juillet 2005)

"Ce roman témoigne avec subtilité de la complexité des êtres." (La Manche Libre - 12 juin 2005)

"On retrouve dans cet ouvrage toutes les qualités de La fin du collabo et du Journal d'un collabo, premier succés littéraire d'Eliane Aubert-Colombani, cette enseignante de Lettres à la retraite qui réside à La Châtre... Le Cousin est d'abord un roman psychologique, le portrait d'une jeune fille avide d'amour, de reconnaissance qui se passionne pour la poésie. C'est aussi un roman social ou la fameuse fracture sociale est vécue de l'intérieur par l'héroïne. Une fracture qui ne date pas d'hier puisque l'action se situe dans l'immédiat après-guerre. Ces arrière-plans, récurrents chez l'écrivain, contribuent à donner une densité autobiographique au roman : Eliane Aubert-Colombani, elle-même de souche corse par sa mère, a en effet, comme Ghislaine, été témoin de la guerre dans son enfance. Oeuvre personelle s'il en est Le Cousin, bien que centré sur le personnage d'une adolescente, se situe à mille lieues du classique roman d'apprentissage." (L'écho du Berry - 2005)

"Depuis le Journal d'un collabo, Simon le Corse ou encore Tuer le juge, on savait le talent d'Eliane Aubert-Colombani à brosser des tableaux d'une exceptionnelle épaisseur humaine, à installer des personnages à la fois ordinaires et singuliers dans des rivalités pernicieuses et des joutes cruelles, à faire surgir des violences sèches et des souffrances muettes. Dans son dernier roman, Le Cousin, elle se plaît une nouvelle fois à dépeindre, avec une insistance curieuse et incisive - presque terrifiante - des situations en apparence anodines envahies peu à peu par l'ombre portée de la tragédie... Une belle tension, incisive, impressionnante traverse le roman." (Véronique Emmanuelli - Corse-Hebdo - 2005)

 

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