La fin du collabo (éditions Le Rocher - 2004)

Le livre:

La fin du collabo est un journal fictif. Un journal tenu à Paris, en 1961, à la fin de la guerre d'Algérie, par le narrateur, Antoine Sartori, octogénaire déclassé. Fils d'un Corse et d'une Alsacienne castratrice et infantilisante, Antoine, engagé comme homme du rang pendant la guerre du Rif, a terminé sa carrière comme sous-officier.

Lâche, pleutre, raciste et antisémite ("soyez bon avec un Arabe ou avec un Juif, il prendra ça pour de la faiblesse, et tentera de vous écrasser à la première occasion"), misogyne ("paroles de femmes, marécage putride"), le héros, ou plutôt l'anti-héros du livre, est aussi, est surtout, un ancien collaborateur hanté par l'idée de décadence de la France.

Aussi son journal peut-il largement s'analyser comme une chronique des attentats commis par le FLN, en France métropolitaine comme en Algérie, alors même que les crimes de l'OAS ne sont jamais évoqués.

Vivant avec sa cousine Angèle, une ancienne concierge qui le mène à la baguette, et la petite-fille de cette dernière, Françoise, interne à l'hôpital Lariboisière, que l'on devine être une "porteuse de valises", Antoine mène une existence sordide et étriquée, entre visites à la caisse de Sécurité sociale et dîners composés de soupe réchauffée pris dans la cuisine, existence qui connaîtra, à la toute fin de l'ouvrage, un dénouement extrêmement brutal.

Et c'est bien tout le génie de l'auteur de restituer ce que cette vie aux infimes plaisirs a cependant de pleinement humain, mêlant adroitement remords et aspirations, réminiscences d'un passé qui ne veut pas passer et instinct de survie presque animal.

Ce faisant, Eliane Aubert-Colombani réussit le tour de force d'une étude quasi entomologiste qui va bien au-delà des déterminismes simplistes et rend, malgré tout, le personnage du narrateur attachant.

 

EXTRAIT :

" 1er janvier 1961 : J'ai commencé ce journal il y a dix-huit ans dans la tourmente, le froid et les privations de la guerre. Ce jour de l'an pourrait être le jour du bilan, et je suis forcé de constaté qu'il est largement négatif.

Un seul exemple pour l'illustrer ; aujourd'hui, je suis seul comme tous les jours de fête, Angèle préférant se rendre auprès de ses enfants, "sa Famille", plutôt que d'apporter un peu de joie à son compagnon qui lui voue un attachement indéfectible.

Au fond, je suis une poire. Quand j'ai proposé à Angèle de vivre avec moi dans mon appartement alors que, mise à la retraite, elle était dans l'obligation de quitter la loge de la rue Béranger, je pensais la combler en lui apportant une honnête aisance, ma compagnie dévouée, ma bonne volonté à la distraire, car, sans vanité, je crois posséder tout de même un peu plus d'instruction et de culture générale que ma pauvre cousine qui a quiité l'école à dix ans. J'aurais dû me méfier. Elle a accepté ma proposition immédiatement, mais sans me témoigner la moindre reconnaissance. Je pense qu'elle a consulté ses filles et surtout sa petite-fille Françoise, et j'imagine le conseil de cette dernière : "D'accord, va chez ce vieux c..., tu n'auras pas de loyer à payer. Mais conserve ta liberté, tu n'es pas sa bonne, etc., etc." Liberté ! Elle n'a que ce mot-là à la bouche. " (P:7/8)

" 18 février : Attentat terrosriste à Alger : plusieurs charges de plastic ont explosé en divers endroits de la ville, au cours de ces dernières nuits, causant des dégâts très importants. La police est sur les dents : rondes de nuit, perquisitions, couvre-feu, sans résultats. De même que les attentats antiterroristes commis par le F.L.N. demeurent toujours anonymes, donc impunis, les attentats antiterrosistes commis par les Européens sont impossibles à élucider. J'augure mal de ces initiatives, même si je peux comprendre la rage et la douleur des Algérois ; le vieux militaire que je suis ne peut tolérer que des civils se lancent dans des expéditions punitives. Il incombe à la police, et davantage encore à notre armée, de rétablir l'ordre, quel qu'en soit le prix à payer, et de noyer dans le sang la rébellion si c'est nécessaire.

J'ai développé cette idée au déjeuner devant Françoise qui, une fois de plus, s'était invitée. Elle m'a regardé avec des yeux ronds, et je retranscris le plus exactement possible le dialogue que nous avons établi :

- Alors, vous, c'est la meilleure ! Tantôt vous applaudissez à l'action de l'O.A.S., tantôt vous la vomissez !

- C'est pourtant simple : je me réjouis quand les terroristes sont tués et les Européens vengés, c'est un sentiment primaire dont Dieu me punira peut-être, mais ma conscience me dit que la loi - dura lex - ne peut être appliquée que par le gouvernement légitime.

- Pétain, pour vous, représentait le gouvernement légitime ?

- C'est exact.

- Alors Vichy, la Collaboration, pour vous c'était bien ?

- Je voulais que ma patrie retrouve son prestige.

- Curieuse façon d'y parvenir !

- Relis Montesquieu.

- Quoi, Montesquieu ?

- L'anarchie mène au despotisme." (P: 50/51)

 

La Presse :

"La plume d'Eliane Aubert interpelle toujours le lecteur. Ses livres aux thèmes forts mettent en scène des personnages typés et donnent souvent dans le conflictuel (...) Elle transpose aussi ses problèmes quotidiens en exutoire et ne manque pas de dénoncer des faits et des comportements. Dont la guerre (...) Il y a tout juste vingt ans, Eliane Aubert avait déjà fait vivre ce personnage désormais octogénaire, pleutre, raciste, misogyne, dans un journal rédigé durant l'Occupation : Le journal d'un collabo.

"Il s'agit de quelqu'un de profondément raciste, qui voue la même haine à l'arabe et au juif, explique Eliane Aubert. Il est enfermé dans ses haines, mais on se rend compte que tous les êtres ne sont pas forcément impitoyable."

Eliane Aubert-Colombani réussit le tour de force de donner un côté humain à son antihéros, en mêlant adroitement remords et aspirations, réminiscences d'un passé indélébile et instinct de survie presque animal. (Jean-Michel Bonnin - La Nouvelle République du centre ouest - lundi 8 mars 2004)

Eliane Aubert signe ici un roman court mais dense sur une période qui n'en finit pas de hanter ceux qui l'ont connue. (JMD - l'Echo La marseillaise)

Un portrait magistral, des dialogues dignes d'une scène de théâtre, Eliane Aubert déroule dans un style vif, sur deux regsitres imbriqués, la chronique d'une période agitée de l'histoire avec celle de son narrateur. (Information juive - avril 2004)

Eliane Aubert démonte les mécanismes d'une pensée prise à son propre piège d'intolérance. Pathétique et terrible (Michèle Gazier - Télérama)

 

 

 

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site