L'élève de Clémence (éditions Denoël - 1991)

 

Le livre :  

L'élève de Clémence, la belle Russe professeur de dessin à Paris, c'est Raymond Massey, le fils d'un paysan devenu commis d'épicerie et d'une grande Suissess de Zurich, Lydia, employée à la Samar.

Raymond est un géant de quatorze ans en 40 et la mort de son père le frappera sans doute moins que l'évolution douteuse de sa mère, embellie par le veuvage, qui se met à sortir avec l'occupant.

Quant à lui, il se lie d'amitié avec une jeune poitrinaire intelligente et cynique. Mais sa rencontre déterminante, c'est celle de Clémence qui lui révèle son talent artistique et cède à sa beauté timide et massive;

L'auteur du Journal d'un collabo poursuit avec ce roman d'apprentissage, cette éducation sentimentale en époque trouble, sa quête de la vérité intime de ceux qui ne furent pas les acteurs des années de guerre mais qui les subirent au contraire et en furent à jamais modifiés.

Extrait :  

En 1941 est-ce que les Allemands fusillaient encore ? Je me promis de m'informer. Puis le bonheur effaça l'épisode effrayant, je restai dans le couloir pour mieux suivre des yeux une charette chargée de gerbes, qui semblait basculer sur l'horizon couleur de pierre de lune.

Camille Pelchat m'attendait à Port-de-Pile où passait la ligne de démarcation, avec Bibi le moins gros des chevaux mais aussi le moins cabochard. Nous devions parcourir encore trente kilomètres en carriole avant d'arriver aux Caillères. Je me sentais sale, tout ahuri de la beauté que j'avais gobée en me penchant à la fenêtre du train. Le fermier ne remarquait pas ma gêne, il avait trop à dire sur la mort de mon pauvre père. Et d'abord, il avait commandé une messe pour le dimanche suivant, un service qui avait été annoncé dans le village. Tout le monde y serait, et moi le fils, je recevrais les condoléances tout seul. Pas de danger que s'approche la tante Marie-Louise, on ne tolérerait pas car elle l'avait quasiment volé de son bien de son vivant, en montant la tête aux parents !

J'eus l'à-propos, le jour du servcie, de proposer à Camille de se tenir à côté de moi, au bas de l'église.

"Moi, je ne suis pas de la famille.

- C'est tout comme puisque c'est chez vous qu'on venait en vacances."

La presse 

Sans nul doute, ce roman servi par une écriture admirable comptera dans la littérature contemporaine.

Avec pour fil conducteur les émois et les angoisses d'un adolescent issu d'une famille modeste, brillant élève au Lycée Montaigne, ami du fils d'une famille d'éditeurs, le roman évoque la vie quotidienne sous l'Occupation. Période trouble s'il en est, avec ses restrictions, ses disparitions, les angoisses de la population ou son indifférence, la révolte et la résistance, ou, au contraire, la collaboration. Doué pour le dessin, Raymond sera l'élève de Clémence, une émigrée russe, qui devient aussi sa première maîtresse. (L. L. / Fémina - 9 avril 1989)

"C'était un pau'gars/Fils de paysan/Pendant la s'conde guerr'/Contre les All'mands", pourrait conter la complainte. Raymond se distingue des autres enfants. Plus grand, plus massif, il est plus gauche aussi. Quand son père meurt à la guerre, sa mère, repasseuse à la Samaritaine devenue veuve joyeuse, fréquente l'occupant. Dans l'indifférence maternelle, l'enfant s'élève comme il peut. Années d'apprentissage avant l'âge d'homme où viendra l'heure des combats... Une histoire banale comme il pourrait s'en trouver des milliers. De l'Occupation, Raymond ne retient que l'image de la prostitution, une mère alourdie aux traits trop accentués, au maquillage trop épais. Les rafles et les déportations n'ont pas leur place dans cet univers d'un petit scout qui grandit à l'ombre du maréchal Pétain et que seul le passage à l'âge d'homme éveillera d'une léthargie indifférente. Ce qui frappe dans ce roman, c'est lz justesse de la description des années de guerre, un monde comme anesthésié où les informations ne percent plus le mur d'un silence imposé. Une retenue du ton, une discrétion non dénuée de poésie donnent à la lecture un charme tout particulier." (Sarah Franck / Télérama n° 2049 du 19 avril 1989)

Après "Les silences de l'aube", Eliane Aubert revient à ce temps de guerre déjà exploré avec "Le Journal d'un collabo". Elle parle avec une force subtile de la difficulté d'être quand on est un enfant "sans milieu". (Le Républicain Lorrain / 5 mai 1989)

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